Dieu, le temps, les hommes et les anges, Olga Tokarczuk

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Ce roman, c’est toute la vie de Misia Céleste, depuis le moment de sa conception jusqu’à celui où son souvenir s’efface de la mémoire de son frère. C’est aussi toute l’histoire d’Antan, depuis le début de la Première Guerre mondiale jusqu’aux années 1980. Antan : morceau de Pologne rurale où cohabitent humains, animaux et autres créatures angéliques ou folkloriques – on y croise même un Noyeur. Mais également : centre de l’univers. Voire : monde à part, peut-être l’un de ceux qu’a créés Dieu en sus du nôtre, et que le chatelain Popielski arpente au gré des règles sibyllines d’un jeu de société cosmogonique auquel il est accro. Humains, animaux et créatures ne seraient-ils que des pions ? Entre quelles mains ? Celles d’Olga Tokarczuk manipulent délicatement Misia et son moulin à café, mais avec plus de tendresse encore ceux de ses personnages qui « prennent sur eux tous les fragments de folie que nous portons en nous », comme Isidor, enfant changelin né d’une sorcière et d’un plant d’angélique… (Traduction de Christophe Glogowski)

La Femme sauvage, Jeroen Olyslaegers

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Sur les armes d’Anvers figure un couple : la femme sauvage, celle du titre, et l’homme sauvage. Lui, c’est l’aubergiste Beer qui l’incarne, vêtu d’une peau de bête, au cours d’une cérémonie païenne saluant le retour du printemps. Cela peut faire désordre au milieu du XVIe siècle, mais l’époque se veut éclairée. Et les Anversois semblent plus intéressés par la bonne marche du commerce que par les querelles religieuses. D’ailleurs, Beer est un proche de la Famille, un cercle d’humanistes qui fréquente son auberge. On y croise cartographes et astrologues, mécènes et artistes, dont Pieter Brueghel, qui semble avoir peint lui-même plusieurs scènes du roman. Quand un rude hiver gèle l’Escaut et coupe la ville du monde, la tolérance cède devant la faim, les rivalités s’éveillent et la sauvagerie va se déchaîner. Désemparé, Beer s’adresse à Dieu pour lui demander pourquoi il fait cela – mais pas de réponse. Ou si, peut-être une : arrive dans son auberge une « femme sauvage », tout droit débarquée du Grand Nord, capturée et traitée comme un animal par des explorateurs de la Famille… La Femme sauvage est un roman vaste, érudit, délicieusement expansif, qui fait écho à l’incompréhension qui nous saisit toutes et tous face au chaos du monde. Chaudement recommandé si vous aimez les livres qui prennent leurs temps et empruntent des chemins de traverse… (Traduction de Françoise Antoine)

Le Champ des soupirs, Elspeth Barker

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Comme les portes du manoir dans lequel il se déroule, le roman s’ouvre sur le corps d’une adolescente assassinée. Comment Janet a-t-elle pu finir ainsi ? Elspeth Barker nous retrace les seize ans de vie d’une enfant pleine d’imagination, amoureuse des mots, des livres et des animaux, qui grandit au sein d’une famille… euh, particulière. Son seul tort ? Ne pas correspondre à l’image que ses parents, que la société se fait d’une fillette, puis d’une jeune fille. Pas assez douce, pas assez aimable – pas assez féminine, en un mot, sans compter qu’elle déteste les bébés. Le seul destin qui s’offre à elle pourrait être de devenir la vieille excentrique de la famille, comme sa tante Lila, la folle du grenier, ou de l’arrière du manoir en tout cas. Mais les folles, dans l’Écosse des années 1950, on les interne. Ou on les brise. Le Champ des soupirs – c’est le nom du manoir – est un conte gothique beau, cruel, drôle parfois, peuplé de terribles humains et de troublantes bêtes. (Traduction de Jean Esch.)

Rousse, ou Les Beaux Habitants de l’univers, Denis Infante

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Rousse est jeune, aventureuse, belle. Elle a toujours vécu au paisible Bois de Chet. Mais quand celui-ci subit une terrible sécheresse, elle ne tarde pas à comprendre qu’il va falloir dire adieu à son passé et chercher un avenir meilleur sous d’autres horizons. Alors elle part, à travers forêts inconnues, plaines brûlées, rives périlleuses. Mais le monde est vaste pour une flamboyante renarde éprise de liberté et de connaissances… Une renarde ? Oui : c’est à hauteur d’animal que se déroule l’étonnante odyssée contée par Denis Infante. Et l’on n’y croise aucune de ces étranges créatures à face plate qui semblaient mettre la nature sous leur coupe fut un temps, même si l’on en retrouve certaines traces, ou des vestiges plutôt. Ample par la distance parcourue, bref par son nombre de pages, ce récit est une méditation sur la puissance des éléments et le passage des saisons, à la langue elle-même un peu sauvage qui ne s’embarrasse pas d’articles définis et qui pourtant coule comme un grand fleuve.

Scènes villageoises sans cochon, Željka Horvat Čeč

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Željka vit avec ses parents et sa grande sœur. Sa passion, c’est le foot avec ses potes, et, quand elle sera grande, elle veut être astronaute, même si l’instituteur dit qu’elle ne peut pas parce qu’elle est malade de la tête. Željka donnerait bien sa vie pour défendre sa patrie, puisqu’en ce moment il y a la guerre, mais ça veut dire mourir, alors non merci. Elle préfère encore se faire baptiser, comme ça à l’école on arrêtera de dire qu’elle est une coco. Qu’est-ce que ça veut dire, la guerre, quand on n’a pas dix ans et qu’on vit dans un petit village du nord de la Croatie ? Les fusils, on les sort seulement pour chasser le chevreuil – ou pour abattre un chien méchant, comme celui de papi dans l’ouverture magistrale de ce roman. Quant aux baïonnettes… vous verrez. Dans ces Scènes villageoises sans cochon, Željka nous raconte sa vie comme font les enfants, en passant du coq à l’âne, du rire aux larmes, du grave au léger. C’est précieux, désarmant et terrible à la fois. (Traduction de Chloé Billon.)